Sécheresse et usages de l'eau : et la bio dans tout ça ?
L'été 2026 permet de poser avec clarté les termes de plusieurs débats liés à l'eau. Si les canicules à répétition pouvaient avoir le moindre mérite, ce serait de nous rappeler qu'il existe de bonnes pratiques. En revanche, les mésusages causent un gaspillage que nul ne peut plus se permettre. On peut le voir en s'intéressant aux sujets suivants : quantité d'eau disponible, qualité de l'eau, rôle des sols.
En agriculture biologique (AB), on cherche à limiter les quantités d'eau qui sont utilisées. Les tensions liées aux (méga)bassines sont connues, il faut se demander quelles sont les orientations souhaitables pour l'intérêt général. L'AB n'est pas opposée à l'irrigation et en a même besoin selon les productions. En France, seules 7% des surfaces sont irriguées. Il est donc illusoire de penser que l'augmentation des stockages d'eau permettrait de produire plus en irriguant encore plus, notamment des grandes cultures céréalières destinées parfois pour 50% à l'export. Les besoins d'irrigation sont réels en maraîchage. On comprendra qu'un(e) maraîcher(e) bio verra d'un mauvais œil des injonctions à couper le goutte-à-goutte au cœur de l'été, là où les besoins sont incontournables – surtout si ces injonctions viennent de décideurs proches des céréaliers dont les cultures se sont implantées un peu plus tôt en saison à l'aide de l'irrigation et peuvent grâce à leur système racinaire passer le cap du début d'été (si tant est que la moisson n'a pas déjà été effectuée le 21 juin...).
Autre question, la qualité de l'eau. m et le sujet est revenu sur le devant de la scène avec la mise au jour des contaminations par PFAS, ou polluants éternels hérités de certaines pratiques industrielles. Les captages sont parfois amenés à être fermés. On sait que les périmètres entourant un captage d'eau potable sont des zones protégées. On est en droit de souhaiter que ce qui vaut pour ces zones deviennent la base de réflexion pour l'ensemble de la surface agricole utile (SAU). On peut entendre que cela ne puisse se faire en un claquement de doigts, de ce fait il est nécessaire de planifier une protection de la SAU sur plusieurs années. Plus le départ est repoussé, plus les sols seront menacé.
Cette dernière remarque mène au sujet de la vie des sols. Les sols cultivés en bio contiennent moins de polluants, il ont aussi la capacité à mieux conserver l'eau. La notion de rétention de l'eau dans les sols est à prendre en compte alors qu'en plus des chaleurs inédites, on observe des modifications des régimes des vents et l'apparition de périodes où un effet sèche-cheveux devient problématique. Des sols nus sont très vite dépourvus d'eau. En AB, l'idée est de protéger les champs par des haies. Ce cloisonnement végétal se double d'une surface des parcelles plus réduite. Ainsi l'ombrage se combine à la lutte contre les vents pour mieux garder l'humidité du sol. De nombreuses essences d'arbres permettent d'apporter un complément de fourrage, qui peut s'avérer précieux lors d'un été sec, lorsque l'herbe vient à manquer. Des haies variées (frêne, aulne, bouleau, charme...) sont (re)mises en place ici ou là.
En conclusion, en AB on vise un usage parcimonieux de l'eau. Déjà porteuses de dérives, concernant l'eau tout comme d'autres sujets d'ailleurs, la loi Duplomb de 2025 se double à l'été 2026 d'une loi dite « d'urgence agricole ». En dépit de son nom, ce texte défend en réalité un projet qui signifie qu'il est urgent non pas même d'attendre, mais de persister dans des pratiques d'un autre âge.
Au plan local comme national, Finisterra s'engage y compris financièrement pour aider les agriculteurs qui malgré les embûches luttent vaille que vaille pour faire vivre des pratiques économes et à dupliquer sans réserve.
Source : fnab.fr